lundi, 03 avril 2006
1936/2006: 70ème anniversaire du front populaire
Alain Bergounioux, secrétaire national chargé des études, revient sur la victoire historique, remportée le 3 mai 1936 par le Front populaire. Léon Blum devient président du conseil. Quel fut l’état d’esprit des militants socialistes de l’époque ? Comment l’unité syndicale a-t-elle convergé avec l’unité de la gauche ?
Quel était l’état d’esprit des militants socialistes à l’époque ?
Nous sommes après les événements du 6 février 1934. Le fascisme venait de triompher en Allemagne, après avoir triomphé en Italie. Il y a un contexte de crise économique, avec un nombre de chômeurs important pour l’époque, qui sont mal secourus car il n’y a pas d’indemnisation du chômage. La société d’alors est très inégalitaire et les rapports sociaux extrêmement tendus dans les entreprises. Les socialistes veulent sortir de cette crise en proposant un programme de reflation économique - comme on dit alors - c’est-à-dire d’augmentation du pouvoir d’achat. Il s’agit avant tout de protéger la République, de sortir de la crise et de remporter les élections contre la droite. À partir de juillet 1934, les choses paraissent possibles avec le retournement stratégique du Komintern, qui accepte un pacte d’unité d’action PS-PCF. Pour la première fois depuis 1920, la gauche est totalement rassemblée. Du coup, l’état d’esprit des militants, est un état d’esprit offensif, sans pour autant travailler à un programme articulé. Il y a eu certes des débats dans la SFIO, chez les économistes ou les d’intellectuels, mais le grand débat sur ce que peut être l’exercice du pouvoir n’a pas vraiment eu lieu.
En juin 36, est-on encore dans cette ambiance de transformation ?
Le Front populaire, c’est à la fois la défense de la République face à la menace de l’extrême droite et la volonté de modifications des rapports sociaux. Dans les différentes tendances au sein de la SFIO, tous n’ont pas la même vision de ce que doit être la transformation de la société mais tous aspirent à une modification des rapports sociaux tels qu’ils existent dans la France des années 30.
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samedi, 25 février 2006
Discours d'investiture de Francois Mitterrand, mai 1981
| DISCOURS D'INVESTITURE - 21 MAI 1981 |
| Le 21 mai au matin, M. Mitterrand arrive à l'Elysée où il est accueilli par le Président Giscard d'Estaing avec lequel il a un entretien. Puis l'ancien président quitte l'Elysée à pied, de la même façon qu'il y est entré sept ans auparavant. |
| Messieurs les Présidents, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, En ce jour où je prends possession de la plus haute charge, je pense à ces millions et ces millions de femmes et d'hommes, ferment de notre peuple qui, deux siècles durant, dans la paix et la guerre, par le travail et par le sang, ont façonné l'Histoire de France, sans y avoir accès autrement que par de brèves et glorieuses fractures de notre société. C'est en leur nom d'abord que je parle, fidèle à l'enseignement de Jaurès, alors que, troisième étape d'un long cheminement, après le Front populaire et la Libération, la majorité politique des Français démocratiquement exprimée vient de s'identifier à sa majorité sociale. Il est dans la nature d'une grande nation de concevoir de grands desseins. Dans le monde d'aujourd'hui, quelle plus haute exigence pour notre pays que de réaliser la nouvelle alliance du socialisme et de la liberté, quelle plus belle ambition que l'offrir au monde de demain ? C'est, en tout cas, l'idée que je m'en fais et la volonté qui me porte, assuré qu'il ne peut y avoir d'ordre et de sécurité là où règnerait l'injustice, gouvernerait l'intolérance. C'est convaincre qui m'importe et non vaincre. Il n'y a eu qu'un vainqueur le 10 mai 1981, c'est l'espoir. Puisse-t-il devenir la chose de France la mieux partagée ! Pour cela j'avancerai sans jamais me lasser sur le chemin du pluralisme, confrontation des différences dans le respect d'autrui. Président de tous les Français, je veux les rassembler pour les grandes causes qui nous attendent et créer en toutes circonstances les conditions d'une véritable communauté nationale. J'adresse mes voeux personnels à M. Valéry Giscard d'Estaing. Mais ce n'est pas seulement d'un homme à l'autre que s'effectue cette passation de pouvoirs, c'est tout un peuple qui doit se sentir appelé à exercer les pouvoirs qui sont, en vérité, les siens. De même si nous projetons notre regard hors de nos frontières, comment ne pas mesurer le poids des rivalités d'intérêts et les risques que font peser sur la paix de multiples affrontements. La France aura à dire avec force qu'il ne saurait y avoir de véritable communauté internationale tant que les deux tiers de la Planète continueront d'échanger leurs hommes et leurs biens contre la faim et le mépris. Une France juste et solidaire qui entend vivre en paix avec tous peut éclairer la marche de l'humanité. A cette fin, elle doit d'abord compter sur elle-même. J'en appelle ici à tous ceux qui ont choisi de servir l'Etat. Je compte sur le concours de leur intelligence, de leur expérience et de leur dévouement. A toutes les Françaises et à tous les Français, au-delà de cette salle, je dis ayons confiance et foi dans l'avenir. Vive la République. Vive la France ! |
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mardi, 14 février 2006
Premier congrès des organisations socialistes, 1899, texte de l'historien Halevy
« Quel sera le nouveau parti que vous voulez créer ? Au lieu de la volonté populaire se formant à la base et remontant de degré en degré, votre régime de centralisation comporte la subordination de chaque organisme à l'organisme qui lui est supérieur; c'est au sommet un comité directeur de qui tout doit dépendre, c'est une sorte de commandement militaire formulé d'en haut et se transmettant de grade en grade, jusqu'aux simples militants, jusqu'aux simples sections... Nous sommes convaincus jusqu'au fond de nous-mêmes que, pendant que vous irez courir l'aventure, il faut que quelqu'un reste garder la vieille maison... Les uns et les autres, même séparés, resterons des socialistes; malgré tout, restons des frères qu'aura séparés une querelle cruelle, mais une querelle de famille, et qu'un foyer commun pourra encore réunir ».
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