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dimanche, 01 juin 2008
La laïcité en danger, l’obscurantisme à l’horizon
On arrive à des sommets de régression, non nous ne rêvons pas c’est bien en France au 21ème siècle que le tribunal de Lille a prononcé l’annulation d’un mariage pour cause de non virginité de la mariée. Pas besoin de se fourvoyer avec des artifices techniques, cela revient a considérer que la virginité féminine avant le mariage est une qualité essentielle.
Les intégristes et tous les adeptes de coutumes archaïques doivent se frotter les mains de cette décision d’un autre temps. Non la tolérance n’est pas de mise quand des traditions reviennent à refuser aux femmes la liberté fondamentale de disposer librement de leur corps et à bafouer le principe constitutionnel d’égalité homme femme . Théoriquement au sein de la république, la loi est faite pour protéger et non pour conforter un droit coutumier .Fort heureusement, ce jugement a suscité de vives réactions de nombre de personnalités politiques de tous bords et d’associations qui ont manifesté leur désaccord le plus total. Pourtant la ministre de la justice, Rachida Dati , a adopté une position pour le moins surprenante en soutenant ce jugement au prétendu motif que les deux parties étaient consentantes pour annuler ce mariage. Ce qui est d’ailleurs inexact puisque c’est l’époux s’estimant « déshonoré » qui a saisi la justice. Elle n’a peut être pas saisi le ridicule d’une décision d’annulation d’un contrat de mariage pour dol….et le dol en question c’est la non virginité. Ainsi avec Madame Dati , l’adage populaire « tromperie sur la marchandise » prends tout son sens en droit français. C’est d’ailleurs la signification profonde du scandale de ce jugement car sur le fond il légitime que le fait de considérer une femme comme un objet qui ne doit pas avoir « servi » est normal .
En replaçant cette décision de justice dans le contexte actuel n’est-il pas urgent de s’inquiéter de toutes les attaques en règle qui sont faites contre la laïcité ? . Cette affaire n’est-elle pas la conséquence d’une dérive sournoise qui concède du terrain au religieux dans la sphère publique ?. Depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy les dérives sur ce sujet sont trop courantes pour ne pas y voir un danger (lire: liberation- 29 mai - mixité écornée.pdf). Pour rappel Sarkozy ministre de l’intérieur , avait déjà tenté en vain de remettre en cause la loi de 1905. Aujourd’hui il n’a toujours pas renoncé à ce projet en mettant en avant une prétendue injustice dans le financement des religions et des lieux de cultes quitte à laisser planer le doute sur la légalité de sectes comme la scientologie( lire article du nouvel obs nouvelobs.28-02-2008 - Sarkozy prépare une révision de la loi de 1905.pdf). Il ne manquerai plus que le budget de l’état qui est déjà en déficit contribue d’une manière ou d ‘une autre à financer les cultes et les sectes. Ce alors même que l’article 2 de la loi de 1905 est très clair : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte [...] ». En réalité il s’agit d’une clef d’entrée assez pernicieuse pour donner une place aux religions dans les affaires publiques . Il s’agit en fait de l’expression d’une philosophie personnelle du chef de l’état qui considère que la pensée religieuse est plus en capacité d’aborder les questions d’éthique et de morale que la pensée laïque. Ainsi s’exprimant en tant que Président et balayant d’un revers de main les principes républicains les plus élémentaires il estime que "Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en rapproche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance" ( lire : express - 17-01-2008 - sarkozy et la religion.pdf. )
Cette vision s’accompagne aussi d’une conception communautariste qui revient à enfermer les individus dans des pseudos groupes ethno religieux représentés par des leaders dont la légitimité est plus que subjective et contestable . Ainsi selon ce concept un enfant qui n’a d’ailleurs pas été baptisé par choix serait représenté en partie par la hiérarchie du clergé, un citoyen originaire d’Afrique du nord serait considéré à priori comme musulman et représenté par des représentants du culte en France… Ce qui a pour conséquence finale une négation de la république et de la qualité de citoyen. Sauf qu’en France ,dans le cadre de la république laïque, les individus sont d’abord des citoyens et des citoyennes qui bénéficient des mêmes droits et des mêmes devoirs. Si La liberté religieuse est un droit qui s’exerce dans ce cadre, la religion n’est pas un préalable qui engendre des différences de traitement entre les individus ou supposés groupes d’individus. Bien que la ministre de la justice s’en défende, la différence dans le traitement des individus conduit exactement au type de jugement qui a été prononcé par le tribunal de Lille. Face à ces dérives qui n’ont rien d’anodines, il est essentiel d’affirmer à nouveau les valeurs laïques qui sont au cœur du pacte républicain.
La pratique religieuse est une liberté fondamentale mais les organisations religieuses ont une fâcheuse propension à vouloir s’immiscer dans les affaires de la république. Ainsi Nicolas Sarkozy , sur son terrain glissant favori de la politique de civilisation déclarait "C’est par le baptême de Clovis que la France est devenue Fille aînée de l‘Eglise. En faisant de Clovis le premier souverain chrétien, cet événement a eu des conséquences importantes sur le destin de la France ".(lire lefigaro.12-2007- N.sarkozy -Vatican.pdf ) Il ne faut donc pas oublier que durant des siècles l’église a imposé sa dictature et co géré en parfaite symbiose avec la monarchie. Il ne faut pas oublier que ce n’est qu’au prix d’un combat pour la liberté que la France s’est affranchie du joug des ecclésiastes. Actuellement les pays musulmans qui appliquent le « droit religieux » sont les pires pays du point de vue des droits de l’homme. On massacre encore allègrement au nom de tel ou tel dieu . Il est donc indispensable pour les libertés y compris pour la liberté religieuse que la non ingérence des religions dans la gestion de l’état et l’organisation sociale soit effective. Cela vaut pour toutes les religions , qu’il s’agisse du catholicisme, du judaïsme, de l’islam, du protestantisme et de toute autre croyance .
La meilleure manière de se garder de tous les intégrismes est donc de tenir bon sur la laïcité et non d’ouvrir la boite de pandore en tentant d’instaurer un espèce de conseil consultatif d’éthique inter religieux comme le souhaiterai Nicolas Sarkozy. A l’instar du cabinet de Christine Boutin , ministre du logement, le mélange des genres entre religieux et état n’est d’ailleurs pas très heureux. Son très catholique cabinet est constitué du père Jean-Marie Petitclerc, Polytechnicien et aussi de Christine Dechefdebien, conseillère technique chargée de la politique de la ville impliquée il y a quinze ans dans un commando anti-avortement. Si la nomination d’un prêtre ne pose pas de problèmes à priori ( pour autant qu’il s’en tienne à sa fonction et qu’en tant qu’agent de l’état il n’ai pas de signe ostentatoire) , le choix de la seconde collaboratrice est pour le moins suspect . En effet comment peut-on à la fois défendre la république et lui opposer ses convictions religieuses par des actes illégaux qui relèvent de l'intégrisme ?. En réalité aujourd'hui , c’est une droite bien conservatrice qui se réfère à des concepts religieux qui est au pouvoir . C’est d’ailleurs pourquoi des questions comme le mariage homosexuel ou la fin de vie médicalement assistée n’avancent pas.
A l'inverse en Espagne , après des années de dictature, le pays a su s’engager sur la voie du progrès économique et social. Le gouvernement socialiste de José Luis Zapatero a mis en œuvre des lois laïques que personne n’aurait osé imaginer il y a seulement trois ans. Face à ce crime de lèse prérogatives, l’église par la voix des évêques a marqué une vive opposition et organisé des manifestations qui n’ont d’ailleurs pas eu le soutien de la majorité de l’opinion publique. La vice-présidente du gouvernement espagnol, Maria Teresa Fernandez de la Vega a répliqué avec justesse que "Fort heureusement, ces temps sont révolus par la volonté express de la majorité (des Espagnols). Une majorité qui n'est pas disposée à faire remonter le temps aux horloges de l'histoire". Cette position a d’ailleurs été plébiscité par les espagnols puisque depuis les socialistes ont obtenu une large majorité aux élections législatives ( lire nouvelobs- 07-02-2008 - espagne -le gouvernement répond fermement aux critiques de léglise.pdf).
Voilà donc un exemple édifiant d’interventionnisme de la religion et aussi d’un état légitime qui s’affranchit de la pression religieuse .
C’était jusqu’à il y a peu de temps la voie de la France . Malheureusement c’est une voie que le chef de l’état semble remettre en cause . Malgré le pacte républicain, il méconnait l ‘ancrage laïque d’une France qui a su être précurseur de la séparation de l’église et de l’état. Il n’y a rien à gagner à engager le pays sur cette pente dangereuse et à réveiller les douleurs d’un compromis qui est accepté par la majorité . Il n’y a rien a gagner à concéder à la pression religieuse sous couvert d’une fausse tolérance. Ce qui vaut pour l’église vaut pour les autres religions, c’est à dire qu’elles restent à leur place.
Nicolas Sarkozy semble tout mélanger, la république, le religieux, la civilisation , la morale. Il va même jusqu’à déclarer "Un homme qui croit, c’est un homme qui espère. Et l’intérêt de la République, c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent". Pour lui un bon républicain serait donc un républicain croyant ? Quelle est cette affirmation partisane aussi incongrue que consternante pour le Président d’une République laïque ? Peut- être qu’à défaut d’un réel espoir dans ses capacités à diriger le pays cherche t-il à promouvoir une espérance dans une autre vie ? En attendant puisqu'il est dans l'air du temps de privilégier de prétendus aspects religieux ou culturels en France, à quand une déclaration personnelle de religion qui conduira a une application du droit sur mesure en fonction de je ne sais quels textes ou coutumes . Ainsi la justice pourra prononcer des peines pour adultère, interdire l'avortement et la contraception,continuer à considérer que la virginité féminine est un élement essentiel du mariage.
22:53 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ps, béziers, laicité, justice, politique





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