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dimanche, 10 février 2008

Un mauvais plan banlieue à coté de la plaque

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« Attention mesdames et messieurs dans un instant vous allez voir, pour la première fois en France, que dis-je dans le monde et dans la galaxie, l’unique, le seul, l’extraordinaire, celui que tout le monde a attendu pendant des millénaires, celui à coté de qui le plan Marshall n’est qu’une mesurette, celui à coté de qui grenelle n’est qu’une réunion du comité de quartier….Francaises  , français ne vous évanouissez pas voici le plan banlieue… »

Bon c’est peut être un tout petit peu exagéré mais c’est un peu la réalité du  show médiatique que l’on nous a servi pour la présentation d’un plan banlieue minimaliste d’une minceur squelettique basé sur une analyse de café du commerce et qui a été présenté par Nicolas Sarkozy. Dire qu’il a fallu tant de temps pour dévoiler un plan dont on aurait presque cru qu’il était classé secret défense. Le label Fadela Amara  n’y change d’ailleurs pas grand chose sauf peut-être à se demander ce qu’elle a bien pu faire pendant six mois mis à part rencontrer des habitants et des associations qui pour la énième fois ont exposé leurs préoccupations sans vraiment croire que cela ferait bouger les lignes. Une équipe pluridisciplinaire  chargée d’une  enquête aurait largement  été plus efficace pour travailler une analyse et des réponses pertinentes. L’armada polico médiatique qui a été déployée c’est encore la comète de pis allé. Même les maires de droite en campagne municipale vont tout faire pour oublier ce plan sensé leur apporter des solutions miraculeuses et un soutien.

La question n’est pas de céder à la contestation systématique sur un sujet aussi complexe que la banlieue surtout quand nombre de politiques ont été mise en difficulté et que l’on constate une fracture de plus en plus criante .Comme dans certains lieux ou paraît-il il fait très chaud  le discours du Président de la république est pavé de bonnes intentions .Certaines mesures  sont même intéressantes. Par exemple les zones d’excellence éducative, les écoles de la seconde chance, le désenclavement des quartiers en augmentant les transports publics. Ces mesures ne sont toutefois pas des nouveautés et il aurait suffi de faire une synthèse des différents bilans des quartiers en politique de la ville et d’écouter un tant soit peu les habitants et aussi de se documenter un minimum sur le sujet. Les zones d’excellence éducatives sont empruntées à une analyse de Gérard Chauveau sur les « zones d’excellence éducative » et « zones d’échec prolongées », les écoles de la seconde chance sont une mesure de gauche et concernant les transports  il ne faut vraiment avoir jamais mis les pieds en banlieue sauf occasionnellement pour ne pas savoir que le transport c’est le parcours du combattant, enfin concernant l’emploi ,Sarkozy reprend tout simplement un type d’emploi aidé nouveau ….Non seulement Nicolas Sarkozy n’est pas très bon élève car il ne cite même pas ses sources mais en plus la réalité est que ce plan est ,comme à l’accoutumé, une suite de mesures bout à bout sans réel schéma directeur.  En introduction  de son discours  Nicolas Sarkozy explique d’ailleurs qu’il préfère parler  de quartiers  populaires. C’est une terminologie empruntée à Fadela Amara qui a intégré les concepts  d’éducation populaire et une analyse sociologique. On ne pourrait que s’en réjouir sauf que dans les faits Nicolas Sarkozy a l’air mais pas la chanson. Sur les banlieues comme sur nombre d’autres sujets il nous ressert   son couplet du travailler plus et du stop à l’assistanat. Donc voilà la philosophie du plan banlieue que propose Sarkozy : on continue globalement comme avant ,on ne met pas de vrais moyens et on reste très vague  sur le financement,  on pioche par ici et par là quelques mesures et surtout  on dit qu’on va aider ce qui veulent s’en sortir et qui le méritent et que les autres n’ont qu’à bien se tenir. C’est quand même un peu court comme analyse . D’abord la notion de mérite est quand même floue puis qui est ce monsieur pour se permettre de juger qui est méritant et qui ne l’est pas. L’égocentrisme forcené du personnage et le fait qu’il soit tellement persuadé qu’il est méritant  entrainent de sa part une vision brouillée de la réalité. Il faudrait  revenir à des réflexions de base. A priori quand on parle de banlieue on parle aussi  d’aménagement du territoire et d’équilibre territorial, on a souvent tendance à l’oublier. On a tendance aussi à oublier que l’équité territoriale et l’intervention publique ne sont pas  des options .C’est de la responsabilité de l’état. Or actuellement il y a proportionnellement moins de moyens , de compétences et  de service publics déployés en banlieue. Commençons donc par un rééquilibrage . S’occuper de la banlieue et garantir une intervention publique adéquat comme pour tout autre territoire n’est pas une démarche volontariste mais un devoir. Cette réflexion vaut d’ailleurs en zone rurale mais comme chacun le sait le plan du gouvernement est la suppression de services publics. Enfin le fond du problème est quand même le chomâge,l’emploi et la situation catastrophique  de salariés qui travaillent mais  s’en sortent même plus pour assurer le minimum vital . C’est aussi gestion du foncier , les villes  qui ne construisent pas 20% de logement sociaux , la mixité des territoires, l’économie ….Bref tout une somme de questions qui vont bien au delà du discours démagogique volontairement manichéen de  Nicolas Sarkozy. Il ne s’agit pas de remettre en cause le fait que chaque personne ait un potentiel et puisse agir sur sa vie ,par des efforts ,un travail assidu , et que cela doive être mis en avant, sauf que  c’est aussi à la République de mettre en œuvre les moyens qui vont permettre de réduire les inégalités d’accès . Actuellement le décalage est trop important. Avec le  discours pernicieux que Nicolas Sarkozy martèle depuis des années on arriverai presque à nous faire croire que les habitants des banlieues sont responsables de leurs difficultés. C’est quand même plus facile de "réussir " bien installé au Fouquet’s que quand on habite une cité et qu’on a ni de diplômes ni un carnet d'adresses long comme le Nil. Donc par respect pour les personnes qui essaient durement de s’en sortir  on ne parade pas dans le luxe quand on est Président de la république et qu’on prône sans cesse un discours sur la méritocratie permanente et l'effort récompensé .

Enfin même en cherchant bien les moyens nouveaux qui seront attribués à ce fabuleux « plan banlieue  » et son financement on ne trouve pas l’ombre d’une indication concrète . A ce qu’il paraît ce n’est pas un problème. Alors si l’argent et le déficit ne sont plus des problèmes en France, c’est surement que Nicolas Sarkozy a eu raison de faire 15 milliards d’euros de cadeaux fiscaux aux plus riches des français car le financement des  mesures pour plus démunis n’est pas un problème. Nos partenaires européens seront donc très content  d’apprendre après les négociations de Nicolas Sarkozy concernant l’équilibre budgétaire, qu’aujourd’hui en France l’argent n’est pas un  problème.

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